poésie la différence de jean pierre siméon

Cest le prin­temps des poètes et cet auteur Jean-Pierre Siméon , en est un des fonda­teurs , me semble t‑il. Il a écrit bien d’autres recueils dont un qui m’a beau­coup touché et qui est déjà sur mon blog Lettre à la femme aimée au sujet de la mort. Il doit bien aimer écrire des lettres ce poète, car cette fois il s’adresse à tous ceux qui ne lisent JAMAIS de poésies Petitéloge de la poésie Jean-Pierre Siméon. Folio. 2,00. À l'intérieur de la nuit Jean-Pierre Siméon. Cheyne éditeur. 17,00 ellea mangé trop de salade. Jean Tardieu Ah ! que la terre est belle, Crie une voix, là-haut, Ah ! que la terre est belle Sous le beau soleil chaud Elle est encor plus belle, Bougonne l'escargot, Elle est encor plus belle Quand il tombe de l'eau. Vue d'en bas, vue d'en haut, La terre est toujours belle, Et vive l'hirondelle, Pierre Menanteau . La tortue et le lièvre Un lièvre rendait Ladifférence / Jean-Pierre Siméon Pour chacun une bouche deux yeux deux mains et deux jambes Rien ne ressemble plus à un homme qu’un autre homme Alors entre la bouche qui blesse et la bouche qui console entre les yeux qui condamnent et les yeux qui éclairent entre les mains qui donnent et les mains qui dépouillent entre les pas sans lamystérieuse différence ? (Jean-Pierre Siméon) Retour à La Une de . Tweet. Signaler un abus. A propos de l’auteur . Arbrealettres 2788 partages Voir son profil Voir son blog. Dossier Paperblog. Jean-Pierre Siméon. Poètes; Magazine. Poésie. LES PLUS LUS DE POÉSIE. Du jour; De la semaine; Du mois; La cage par Vertuchou (Note de lecture) Sanda Voïca, Les Meilleur Site De Rencontre Gratuit 2015. Pour chacun une bouche deux yeux deux mains deux jambes Rien ne ressemble plus à un homme qu’un autre homme Alors entre la bouche qui blesse et la bouche qui console entre les yeux qui condamnent et les yeux qui éclairent entre les mains qui donnent et les mains qui dépouillent entre le pas sans trace et les pas qui nous guident où est la différence la mystérieuse différence ? Jean-Pierre Siméon Jean-Pierre Siméon, agrégé de Lettres modernes, a été formateur d’enseignants. Auteur de nombreux recueils de poèmes, de romans, de livres pour la jeunesse et de pièces de théâtre, il est actuellement directeur artistique du Printemps des poètes. Ci-dessous, synthèse de son intervention lors de la Rencontre de l’Atelier de Montluçon en décembre a une idée très fausse et largement partagée de ce qu’est la poésie. Cette idée est fondée sur l’expérience qu’on en a et qui, en général, repose sur la rencontre de très peu de poèmes en comparaison de l’immensité du patrimoine poétique universel, des milliards de textes. Il y a des poèmes depuis toujours, dans toutes les civilisations, il n’y a pas une communauté humaine qui n’ait sa poésie - L’idée qu’on s’en fait est donc forcément très restrictive et superficielle. Elle relève en plus d’a priori, de y a deux opinions courantes. La première, c’est que la poésie est cette chose charmante, chantonnante, d’une belle musicalité, qu’on admire de loin, parfois un peu mièvre en regard du monde concret dans lequel on est immergé. Et l’autre représentation, complètement à l’opposé, c’est celle d’ un objet bizarre auquel n’auraient accès que quelques initiés ayant le don de comprendre ces choses qui sortent de l’ordinaire, de la compréhension humaine. Il faudrait avoir une sorte de talent divinatoire pour lire comme il le faut Maurice Sève, Maïakovski, Aragon ou Yves Bonnefoy, par représentations font qu’on ne va pas à la poésie, qu’elle est hors du social depuis quelques décennies en France - ce n’est pas le cas dans toutes les manière d’habiter le mondeJe ne vais pas m’étendre davantage sur ces définitions historiques, socio-culturelles, mais bâtir sur cette formule de Georges Perros, un très bon poète de la fin du XXe siècle Le plus beau poème du monde ne sera jamais qu’un pâle reflet de ce qu’est la poésie une manière d’être, d’habiter, de s’habiter ». C’est capital. Ce que manifestent Rimbaud, de Ritsos, de Whitman…, c’est ce qui apparait dans la prise de parole que l’on appelle poème une position claire, ferme, et complexe en même temps devant le monde, devant le réel et au coeur du réel. C’est un type de rapport à l’existence, à la communauté humaine, au destin la poésie non comme un supplément d’âme, mais comme une manière d’être, d’habiter le monde, comme un positionnement du point de vue humain, c’est la définir d’emblée comme une éthique. C’est là l’enjeu essentiel définir une manière d’habiter le monde, c’est un projet politique. Hölderlin, le grand poète allemand, l’avait dit déjà dans une phrase qui porte sur l’orientation que nous donnons à la vie Nous cheminons vers le sens si nous habitons en poète sur la terre. » Or, aujourd’hui, nous faisons l’exact contraire et c’est pour cela que nous allons dans le mur, que nous allons vers une sorte de grand suicide l’avoir et le paraître Alors que signifie vivre en poète ? C’est l’exact contraire des normes de comportement qu’on nous impose actuellement. Là où la poésie est subversive, c’est qu’elle propose dans la relation à soi, dans la relation au monde, au réel le contraire de ce qui se passe aujourd’hui la marchandisation du monde occidental qui se développe partout avec la mondialisation, le déni de l’humain, en raison du primat sur l’humain de superstructures économiques, de l’idéologie tout à fait organisée et pensée. Ce qui fait que petit à petit, sans que nous nous en rendions compte, nous sommes vidés de notre poétique, c’est l’exact contraire puisque depuis toujours les poètes ne cherchent qu’à fonder dans leur parole un surcroît d’humanité. Nous connaissons la fameuse phrase de Jaurès On ne naît pas humain, on le devient ». Vivre en poète sur la terre, c’est simplement se donner pour tâche première, presqu’exclusive – c’est là l’engagement absolu du poète - de devenir plus humain et de comprendre les conditions de cet enjeu comment on devient plus qui domine aujourd’hui, c’est l’obsession de l’avoir, la prédominance de la finance, la volonté de pouvoir qui engendre la compétition et la compétitivité, les héros, être plus que les autres, c’est-à-dire la négation de l’autre. Toutes les images, les figures, les idoles qu’on présente à nos yeux et nos oreilles comme enviables, à travers les discours sur la société, nous enjoignent d’être des êtres de pouvoir, d’être toujours un peu plus que l’autre, un peu plus fort, un peu plus savant, plus expert que l’ profondeur irréductible de chaque êtreC’est ce que récuse fondamentalement tout poème, puisque toute poésie dit d’emblée la relativité de tout savoir, tout poème est l’aveu d’un savoir limité, rien n’est définitivement clos dans un savoir. Dans nos sociétés, il y a l’avoir, le pouvoir et le paraître. La valeur de l’être est définie par le paraître, par ce que l’on sait de l’image. Et l’on juge tout un chacun, toute chose, tout événement sur l’image, sur l’apparence première. Or, depuis le premier temps du premier poème, l’effort du poète, c’est de dépasser la vue première. Donc, dans une société gouvernée par la vue de surface, par l’apparence, où nous lisons le monde au faciès, où nous lisons l’autre au faciès, c’est-à-dire dans une saisie partielle, réductrice, scandaleusement mensongère du réel, dans ce monde la poésie incarne le contraire. Car tout poème cherche ce que le réel ne sert pas d’abord, n’offre pas de lui-même. Tout poème cherche à creuser, à faire apparaître la profondeur irréductible, insolvable, illimitée de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, chaque évènement, chaque pensée, de chaque sentiment, de chaque phénomène, comme disent les philosophes. La poésie donne expansion à la chose minime, banale, triviale, la poésie revendique le droit d’y voir, d’y rencontrer, d’y explorer une infinie réalité, au-delà de l’apparence immédiate, au-delà de la définition, de la la peur de l’autre. Étreindre le mondeLe grand mal de notre temps, c’est l’obsession de la sécurité, de l’assurance, on est dans une grande peur, la peur d’être débordé dans ses frontières. Et tout est fait pour nous infliger cette peur, pour nous la transfuser. Nous avons une peur ontologique, native, première, celle de la solitude, de la perte, de l’abandon, de la catastrophe. Le bébé en fait l’expérience, au premier jour quand il est laissé seul, hors des bras du père ou de la mère, dans un lit, dans une pièce. Nous naissons avec l’appétit, comme l’enfant, de tout voir, les yeux grands ouverts, la volonté terriblement passionnée d’étreindre le monde, et en même temps avec cette peur première de la perte, de la solitude. Et il est très commode de l’exploiter, de fonder sur elle des rapports collectifs celui qui a peur est facilement asservi, par la peur elle-même, mais asservi aussi aux discours qui prétendaient le protéger du monde. Ce sont tous les discours sécuritaires. Et nous avons tous en nous une demande sécuritaire, la volonté d’être protégés du compliqué, du trouble, de l’inconnu. Nous avons très profondément cette peur en nous, en même temps que nous avons le désir du dépassement, le désir de l’autre, de la nuit, de ce qui grands processus d’asservissement se jouent à partir de cette réflexion sur la peur individuelle et comment l’ exploiter. Dans les sociétés modernes, aujourd’hui, mais aussi dans les décennies ou les siècles précédents. Cette peur première est organisée dans toute société parce qu’elle permet un pouvoir, la main mise sur les consciences, et elle a pour conséquence qu’on se protège symboliquement par ce que j’ai appelé les définitions, les catégorisations, tout ce qui immobilise, et par le souci de l’identité stable, de l’identification. On est aujourd’hui dans une névrose extrême de l’identitaire. Tout doit être associé à une définition, or "définition" veut dire exactement "limitation" le mot vient du latin fines qui veut dire frontière. Si on vous définit, on vous ferme, on vous finit, on met un contour autour de vous. Or, aujourd’hui, tout est fait pour que nous nous contentions de nos contours, nous et tout objet, toute chose. On peut très facilement définir une chose sur la première vue, sur la première conscience n’explore que dans le temps et l’attentionDe plus, nous vivons à une époque où le temps a disparu, nous sommes gouvernés par l’accélération majeure du temps – avec l’Internet, le TGV, par exemple. Or, pour aller au-delà de la surface et de la définition rapide de chaque chose et de chaque être, de la définition immédiate, consensuelle, conventionnelle, conforme - le théorème des trois "con" -, il faut obligatoirement du temps. Mais le monde de la marchandisation, le monde capitaliste, fondé sur le principe d’économie, a depuis le XIXe siècle théorisé cette abolition du temps, ce vol du temps. Le temps est la condition indispensable à "la traversée au-delà de l’apparence", c’est-à-dire l’ouverture scrutative de la conscience. Car il n’y a de conscience qui explore, qui interroge, qui ne se contente pas de la première réponse donnée par le faciès et qui développe sa question que dans le temps, que dans ce qu’on appelle très profondément l’attention. Or cette qualité humaine première, qui fonde l’humain et dont tout le monde a le partage, est aujourd’hui la plus ravagée l’ attention radicale qui engage tout l’être, qui est sans concession, c’est celle de Van Gogh devant le paysage, de Giacometti devant sa matière, de toute personne qui prend le temps de l’arrêt et de l’immobilisation de soi, qui rompt la course éternelle du geste quotidien, de ce continuum, pour y créér une brèche. Et cette brèche, c’est un appel à aller à la profondeur, qui suppose un effort, pour que se mobilise à l’extrême la combat majeur le langageTout ce que l’on peut décrire des instruments d’oppression individuelle et collective se joue essentiellement dans le langage. Il y a là un combat politique majeur. Or les premiers a avoir eu la conscience de l’oppression possible dans le langage, ce sont les poètes. La première raison de la poésie, c’est de se rebeller devant l’extrême danger du langage à enfermer, à asservir, à subordonner, à se faire l’instrument de la réduction du monde, du connu, du vécu à sa surface émergée, ce qui donne un totalitarisme la poésie permet de comprendre cela. Georges Bataille disait Nous n’aurions plus rien d’humain, si le langage en nous devenait tout à fait servile ». Odysseus Elytis, magnifique poète grec, prix Nobel de littérature, postérieur à Yannis Ritsos, le formule autrement Là où la montagne dépasse du mot qui la désigne se trouve un poète. » Là où le monde dépasse les mots qui le désignent se trouve la poésie. La poésie sert à nommer, à révéler, à faire agir, à rendre présent à la conscience, à faire apparaitre le monde dans tout ce que le langage ordinaire, normé langage, à sa naissance, porte, comme tout ce qui est humain, deux choses en même temps, son affirmation et son contraire. Imaginons l’homme qui fonde le langage, cet acte génial fondateur del’Humanité. Pour simplifier, il y a au départ articulation de quelques sons arbitraires, qui vont être isolés et attachés à l’objet, à une chose un murmure, un borborygme qui va être reconnu, identifié à la pierre, au rocher, au bâton. Pourquoi cela fonde l’humain ? Parce qu’est inventé plus que le mot la symbolisation. Ce que je dis n’est pas l’objet, mais le représente. C’est de cela que se déduit ce qui nous fait tous, la mémoire. Ce n’est que parce que je peux nommer l’absent que la mémoire apparait. Et ce n’est que parce que je peux dire l’absent, que je peux dire le passé, le futur. Avant cela, on est "le nez dans la terre", dans une relation animale, rude, sans distance, sans recul, donc sans espoir d’analyse et de compréhension au-delà de la vue et de la sensation premières. En inventant la symbolisation, l’homme invente la mémoire, l’humain, l’histoire, le passé et l’avenir. Et en inventant l’avenir, il invente le projet, une pensée qui se déplace vers l’avant. Mais avec ce langage, il invente aussi la possibilité de la préservation de l’espèce, parce que cela lui permet l’échange individuel et collectif, de s’entendre, de parler ensemble, et donc une entente commune sur le langage premier nécessaire... et réducteurMais pour que ce langage soit efficace, il est une condition absolue, nécessaire... et catastrophique. C’est qu’il soit univoque, qu’il n’y ait pas de malentendu. Le principe de ce langage premier, fondateur du collectif, est d’être réducteur je parle, je suis compris. Cela permet aujourd’hui encore à chacun d’entre nous d’agir, de prendre le train, de dire "ferme la fenêtre, la porte", etc., c’est-à-dire l’exacte nécessité quotidienne qu’on appelle le pragmatisme, l’organisation de notre champ de vie le principe de cette langue commune, réduite à des sens limités, est aussi délétère, mortifère. Parce que le mot qui est un concept, une représentation abstraite d’une chose concrète, du vécu tangible, ce mot perd la profondeur de l’expérience, l’épaisseur de la vie, la saveur, le parfum, le touché, la mémoire, l’affect, tout ce qu’il a traversé, tout ce qu’il porte en lui d’histoire humaine. Si je dis le mot "arbre", nous nous comprenons, mais le mot arbre perd tout ce que nous avons vécu, chacun, des arbres ; car chacun d’entre nous est riche de milliers d’arbres, ceux que nous avons vus, des cabanes construites, de la branche sur laquelle nous nous sommes appuyés, l’arbre taillé, le tronc sur lequel on pose son épaule. Cette infinie expérience de l’arbre est l’épaisseur du réel, sa profondeur, elle déborde du mot à chaque instant, l’homme fait de toute chose une infinie réalité, une réalité indéfinie, illimitée. Autant on a besoin des mots, autant les mots perdent l’infinie profondeur de la réalité ce que nous vivons, ce que nous pensons, ce que nous ont légué nos parents, nos grands-parents, ce que l’enfant nous a révélé, ce sont les sens agis par l’homme, ceux de notre vie, de notre liberté de faire de chaque chose le contraire de ce qu’elle est ou l’indéfini, l’imprévu de ce qu’elle est. Et ça, c’est la poésie. C’est la poésie qui dit la part de l’arbre manquante, la réalité manquante, la part manquante de la langue. C’est pour cela que depuis toujours, depuis l’aube des temps, s’est levé un poète. Le langage a été constitué, organisé et il a organisé le réel comme on le vit aujourd’hui encore dans la nécessité immédiate, univoque – qui est aussi nécessaire. Mais cela "vole le réel". Ce sentiment profond d’être frustré de la vérité du réel, nous l’éprouvons tous les jours, nous le verbalisons, dès l’enfance. Ainsi, sollicités pour formuler notre état d’âme, notre pensée, nous sommes souvent dans l’impossibilité de le faire, "nous n’avons pas les mots pour le dire". Parce que le langage ordinaire n’a comme destination et possibilité que de dire "le sens minimum intergénérationnel garanti".Bien sûr le langage premier univoque doit être transmis parce qu’il permet l’intégration sociale, mais il faudrait que dès le berceau, dès l’enfance, l’antidote soit aussi donné, le langage impossible qui, au lieu d’être monosémique - un mot un sens-, est un langage inverse, qui tient parole, qui parle, qui ne se contente pas de l’énoncé, qui porte en lui la chair et le sang de l’humain c’est la différence entre l’énoncé et la poésie, déflagration du langage, nous sauve de la normeUn langage investi de toute une expérience de vie, et pas seulement de la sienne, subjectivement, de celle de toutes les rencontres, et y compris d’expériences contradictoires à la sienne, c’est un langage neuf. C’est celui que le poète invente par des actes iconoclastes, asociaux, libertaires il va consciemment, volontairement toucher aux normes du langage, dans toutes ses composantes D’abord le poète rompt le rythme qui fonde le langage premier, il rompt le code du signal, cette carte des correspondances mot-sens, qui est un asservissement, une subordination du mot au sens prévu, organisé, légitimé. Mais qui légitime le sens d’un mot ? Si l’on peut à la rigueur pour un objet, une chose établir une correspondance, qui, pour une réalité de l’ordre de l’humain, par exemple ce qui relève du sentiment, de la pensée, qui décide du sens ? Il faut penser la constitution idéologique du lexique. Le poète touche au lexique, à la syntaxe, à la composante sonore c’est une déflagration du langage. Le poète choisit une anormalité consciente. Pourquoi ? Parce que cela nous sauve de la norme, parce que toute normalisation est oppressive, réduit le réel à la catégorie, à la déduction, à l’injonction, à la définition, à l’ poète, en créant une langue qui n’est plus monosémique mais devient polysémique, invente un objet bizarre, un langage qui n’a pas de compréhension immédiate. Ce qui nous embête bien aujourd’hui, gouvernés que nous sommes par Wall Street et autres, parce que cela veut dire du temps, une latence entre la chose prononcée et la chose comprise. Le langage ordinaire, celui du discours politique, du Journal de 20h, est compris très vite, immédiatement, et on doit comprendre très vite sinon on est "dévalorisé" dans ses capacités intellectuelles. Le poème, lui, réclame de ne pas être compris, de ne jamais être complètement compris. Le propre de la poésie, c’est de dire aussi ce qui n’est pas limité dans la compréhension, dans la saisie qu’on en a. C’est justement là que la parole est l’exacte vérité, parce que rien de ce qui fonde notre existence n’est définissable, rien n’est définitivement compris. Parce que si c’était le cas, nous n’aurions plus d’avenir. Et c’est bien ce que l’on veut nous faire croire aujourd’hui, c’est ce que le langage dominant veut nous faire croire, nous enjoint de croire. Le langage dominant est un implant permanent, qui diffuse à tout instant, tous les jours, par tous les moyens, comme jamais dans l’histoire de l’Humanité, ce qu’il faut comprendre du réel, ce qui est nécessaire d’en comprendre, codifié, légitimé nous n’avons à comprendre que parole libre libère les représentations du mondeDepuis toujours, dans toutes les communautés humaines, il y a des gens qui ont inventé un langage impossible, atypique, qui échappe à toutes les injonctions pour dire le réel, parce qu’il a cette volonté d’équivoque du sens, il conditionne une parole libre devant le réel. En poésie, on peut tout dire, je peux dire la neige est rouge et chaude, alors qu’on apprend tous qu’elle blanche et froide. Mais la réalité de la neige, c’est qu’elle est de toutes les couleurs du monde, c’est la réalité de la poète est le garant tout au long de l’histoire humaine d’une liberté insolvable, irréductible dans la langue... peu importe le législateur de la langue, les grammairiens qui existent depuis longtemps. Je me permets de faire ce que je veux avec les mots, avec les rythmes. Et cette libération de la langue a des conséquences cruciales. Car sans les poètes, la pente fatale de la normalisation, la règle des trois cons - conventionnel, consensuel, conforme - aurait dominé sans conteste. Je rappelle la phrase de Georges Bataille énoncée au début Nous n’aurions plus rien d’humain si le langage en nous devenait tout à fait servile ». Or, aujourd’hui, le langage est servile et, asservis à un langage servile, nous perdons ipso facto notre humanité… car ce qui fonde l’humain, c’est la capacité à subvertir le langage, à le libérer, parce que libérant le langage, il libère les représentations du a toujours existé à côté du langage normatif, imposé, plusieurs langages, de métiers, d’argot des rues, des langages de rébellion intuitive, implicite, populaire le principe de la poésie est dans le peuple. C’est ce qu’affirme le livre magnifique d’Eluard, Poésie involontaire et poésie intentionnelle, écrit pendant la guerre, ce qui fait sens. Dans toutes les grandes dictatures, dès l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, quand il y a un régime oppressif, ce sont les poètes qu’on met d’abord en prison ou qu’on assassine Pinochet au Chili avec Neruda et Victor Jara, Franco avec Lorca, ces hommes qui dégagent pour nous une autre compréhension du monde. Et s’il y a une autre représentation du monde, alors d’autres mondes sont que la poésie sauvera le monde » veut dire vivre dans une alerte permanente, dans une attention qui ne cesse jamais, être comme ces grands créateurs qui ont la volonté absolue de saisie de la vie, de toutes ses composantes, c’est-à-dire sans repos, sans relâchement, sans jamais trahir la vérité contradictoire, d’une complexité illimitée de la vie. Ëtre artiste jusqu’au bout des ongles. Ceci vaut pour le danseur, l’homme ou la femme de théâtre, le plasticien, etc., une sorte d’engagement très profond qui ne tiendra jamais le réel pour nous avons besoin non pas d’une petite clause de conscience, nous avons besoin de l’art, le moins récupérable, le plus radical et qui touche à l’instrument d’asservissement le plus violent et le plus partagé de la langue, au coeur de notre pensée. Si on ne pense pas le monde avec les caractéristiques culturelles intransigeantes évoquées, celles qui incarnent la poésie du jour, la rebellion devant l’univocité du sens, la volonté illimitée de récuser l’identité en tout, l’identité fermée, si nous ne prenons pas cela comme point d’appui pour penser une société viable, toutes les autres fatalités économiques, idéologiques, sociales, religieuses, vont nous ramener à des seul point d’appui universel, c’est la poésie – c’est pour cela que cela nous intéresse parce qu’elle nous rend co-humain – point d’appui irréductible de la liberté humaine. Et c’est en même temps une exigence. Le grand schéma dominant, c’est l’immobilisation de tout, des comportements dans des modèles, dans des prêts à porter, des prêts à penser réducteurs. Nous sommes dans un monde identitaire qui veut fixer la vie, qui la tue. Or il n’y a de vie que dans le mouvement et il n’y a de pensée et de pensée de la vie que dans le et synthèse Michèle KiintzLa vidéo et l’enregistrement sont disponibles ici. Url de Cerises n°312 , 27 janvier 2017 " Seules des mains vraies écrivent de vrais poèmes. Je ne vois pas de différence de principe entre une poignée de main et un poème ". Paul Celan,... Lire la suite 13,00 € Neuf Expédié sous 3 à 6 jours Livré chez vous entre le 1 septembre et le 6 septembre " Seules des mains vraies écrivent de vrais poèmes. Je ne vois pas de différence de principe entre une poignée de main et un poème ". Paul Celan, lettre à Hans Bender. Cette formule de Paul Celan, que Jean-Pierre Siméon aime citer, caractérise aussi bien sa posture d'écrivain que son rapport au monde. Poète de la fraternité et de la main tendue, il l'est assurément. Ses recueils, autant que ses romans ou ses textes dramatiques, révèlent un auteur qui fait de la littérature le lieu de toutes les rencontres, de tous les partages, de toutes les expériences de vie. Une fraternité qui est également au coeur de sa démarche d'homme, celle d'un optimiste tragique qui fait du rapport humain un rempart contre l'angoisse de vivre - et de mourir. Date de parution 01/10/2008 Editeur ISBN 978-2-84562-138-1 EAN 9782845621381 Présentation Broché Nb. de pages 144 pages Poids Kg Dimensions 14,0 cm × 20,0 cm × 1,0 cm Un récitde Chloé LandriotPréface de Jean-Pierre SiméonCoédition Décharge et Gros Textes, 48 p., 6 €Paradoxe Chloé Landriot est une jeune femme de 36 ans qui célèbre les temps anciens. Son petit livre s’impose par sa différence dans le champ des parutions actuelles intitulé sobrement Un récit, c’est une genèse du monde, qui renoue avec la fantaisie et le mystère d’un poème est porté par le souffle, le chant rythmé par la longueur des vers et les jeux sur les commence bien dans les noces de l’eau et de la lumière jaillissent la terre, les plantes et les bêtes, et puis les hommes et le verbe. Le poète célèbre alors l’harmonie heureuse et les métamorphoses du vivant. Nous avons été des arbres/Sans effort nos racines/Ont lentement plongé dans le sol/Faites pour épouser la terre. »Mais vient le règne de la rationalité et de ses excès le langage devient instrument de classification. Le monde n’est plus qu’un catalogue » à la merci de l’homme, qui le découpe jusqu’à le tuer. Le texte est alors interrompu par le dessin d’une vague déchaînée, de l’artiste An Sé. Puis ce monde mort, et bien mort, renaît de nouveau à la lumière. Chloé Landriot explique J’ai peur. J’ai peur pour la planète, pour la Terre, pour mes deux jeunes enfants. Mais c’est parce que je crois à la destruction probable du monde que je m’efforce d’être heureuse. Et la poésie révèle l’intensité de mon sentiment d’être en vie. » La revue Décharge, qui, depuis sa création en 1981, a publié plus de 1 500 poètes d’aujourd’hui, invite les nouveaux talents à publier des recueils chez un éditeur partenaire, Gros livrets fabriqués artisanalement sont vendus à un prix modique. 1. Composée en Didot corps 12, cette édition de [ici le titre] a été tirée à deux mille exemplaires pour l’automne [ici le millésime] sur les presses de Cheyne éditeur, au Chambon-sur-Lignon, Haute-Loire.» L’inscription figure sur la dernière page des livres de la prestigieuse collection verte deux nouveautés publiées par an. Les ouvrages sont consultables et caressables dans la librairie l’Arbre vagabond, QG du festival Lectures sous l’arbre organisé par Cheyne. Papier vergé, jaquettes élégantes et finement grenues, et le poinçon du plomb sur les pages cousues. Ce même plomb qui, pieusement mêlé à de l’antimoine, servit à Gutenberg à imprimer la première édition latine de la Bible 1453. Un bel écrin, les livres de Cheyne, mais pour quel trésor? Pour quelle parole sacrée?La suite après la publicité Les écrivains sur scène un truc de beau gosse ? 2. Dans son Panorama de la poésie française aujourd’hui», évoqué dans une précédente tribune, Jean-Michel Espitallier s’en prend à ceux pour qui la poésie serait d'abord affaire de profondeurs, parole oraculaire … forant dans l'épaisseur encrée de l’ineffable.» 3. D’où parle Jean-Michel Espitallier? D’une esthétique joueuse et expérimentale, ennemie du lyrisme forcément boursouflé, adepte de la parodie et du détournement – certaine avec Valéry que le plus profond, c’est la peau». Et d’une nébuleuse de pouvoir éditorial qui rassemble les éditeurs Al Dante et et le cipM Centre international de poésie de Marseille. A travers notamment la publication de l’anthologie Pièces détachées» du même Espitallier, en 2011 chez Pocket, et de celle d’Yves di Manno et Isabelle Garron dite anthologie Flammarion» en 2017 choix beaucoup plus vastes, mais affinités électives avec la première, cette nébuleuse a encore renforcé sa visibilité, bien supérieure à son poids réel. Dix pour cent de la poésie en France», tranche Jean-Pierre Siméon, lyrique pas bégueule, fondateur du Printemps des poètes et membre du comité éditorial de Cheyne. "La poésie sauvera le monde" et puis quoi encore?La suite après la publicité 4. Espitallier la poésie ennemie ne peut se concevoir qu'en étroite association avec de beaux livres artisanaux. … Du coup, [elle] a fini par être parfois associée à un artisanat sympathique, comme la boulangerie d'art et les tourneurs sur bois. Belle ouvrage et artisan-poète, vaguement libertaire avec collé aux basques un peu de cette terre "qui ne ment pas".» Fichtre. 5. Cheyne n’est pas un éditeur de la ruralité, s’agace Jean-François Manier, son fondateur. Ce qui nous caractérise, c’est notre indépendance. Nous lisons, nous fabriquons, nous diffusons, nous distribuons. Nous avons une complète indépendance économique, à la différence de L’Olivier Le Seuil et de [capital détenu à 88% par Gallimard, NDLR].» 6. Oui, mais tout de même. Florilège de titres du catalogue du Cheyne Venant le jour», Malgré la neige», l’Epine et sa mésange», Une femme de ferme», le Bois de hêtres», Métairie des broussailles», le Livre des poules». Florilège Al Dante la Poésie motléculaire», Gang blues ecchymoses», Meurtre artistique munitions action explosion», Frères numains discours aux classes intermédiaires», Lecture de 5 faits d’actualité par un septuagénaire bien sonné». Ce n’est pas tout à fait le même son de cloche ou de balle dum-dum. 7. Je ne sais pas trop ce que je fais ici, s’amuse la romancière Marie-Hélène Lafon, invitée du festival. Mais oui, sans doute, il existe une littérature des pays et des paysages dans laquelle je m’inscris, comme Pierre Michon, Pierre Bergounioux ou Mario Rigoni.»La suite après la publicité Haute Poésie Bisounours et autres curiosités 8. De Cheyne on connaît l’histoire, ressassée d’article en article la découverte en 1977, par Jean-François Manier et sa compagne d’alors, d’une ancienne école isolée sortant de la brume cf. José Arcadio Buendía fondant Macondo, au sortir d’un rêve, au début de Cent ans de solitude», l’apprentissage de la typographie au plomb, le lancement en 1980, sans un sou, de la maison d’édition, le pari en 1992 d’un festival sur la base d’un concept porteur mettons un poète sous un arbre… L’histoire tend à devenir story-telling et détourner de l’essentiel les livres publiés. 9. Le haut pays» de Jacques Vandenschrink est celui des vents intransigeants» et du merle goulu», des martinets cisaillant le crépuscule» et des mésanges saoulées de se décrocher en plein vol dans chaque merisier». Chez Julie Delaloye, on vit à la lisière des brumes», on entend le chant porté par la vigne», on sent la fraîcheur fidèle de l’herbe», on voit la paupière rompue du chamois». Chez Jean-Yves Masson, souvenir des vols d’abeilles», odeur des blés parfaits», cerf au regard véhément». Ce n’est qu’un échantillon, mais s’il n’y a pas là une lignée d'héritiers de Char et de Jaccottet paysage méditerranéen – plus ou moins pentu – et métaphores en rafale…La suite après la publicité Philippe Jaccottet, le très haut 10. Crypto-pétainiste, la poésie des champs, comme l’insinue taquinement Jean-Michel Espitallier? A la salle des Arts de Saint-Agrève, pas très loin du Chambon-sur-Lignon, village collectivement élevé au rang de Juste par le mémorial de Yad-Vashem, Denis Lavant a lu rauque, athlétique deux très courts textes de résistance publiés par Cheyne. Matin brun » de Franck Pavloff 1998 est une fable grinçante et drôle sur l'ascension de l'extrême-droite en France deux millions d'exemplaires vendus, grâce à une sorte d'effet Hessel – Indignez-vous» – avant la lettre. Traverser l’autoroute», de Maxime Fleury 2017, c’est un enfant devant une glissière d’autoroute, un flot de voitures, et de l’autre côté, peut-être, son père, avec qui il essaye de communiquer en langue des signes. C’est le gamin qui raconte, il parle un peu comme le Momo de Romain Gary dans la Vie devant soi» – le genre tôt grandi. Au milieu des bidons, des palettes et des parpaings, dans son campement sans eau potable, il se sent comme ces gouttes de pluie sans destin C’est comme nous, on vient de loin et on s’écrase au bord de l’autoroute.» Sur scène, Edwy Plenel l’Edwy Plenel Mediapart est partenaire du festival ponctue, prolonge. Parle des réfugiés Quand quelqu’un coule, on le sauve.», cite Péguy Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée.». Se moque de lui-même Encore un prêche du père Plenel!»La suite après la publicité "Si Péguy me proposait un article pour Mediapart…" entretien avec Edwy Plenel 11. La soirée Neruda plombe un peu. Passons sur les juvéniles poèmes d’amour, dont la traduction réclamerait une langue semblable cristalline et facile à celle de cet autre poète élu des draps», Paul Éluard. Reste le Neruda politique, dessillé par la guerre d’Espagne, guéri de ses dérives gidiennes et rilkiennes», torrentiel et génial sans doute, mais stalinien sinon de cœur, du moins de style. Tu m’as fait l’adversaire du méchant, tu m’as fait mur contre le frénétique …/Tu m’as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.» A mon parti» 12. La figure du poète-phare fait rire aujourd’hui petits et grands. Mais sans doute faut-il prendre en compte les contextes historiques et locaux. J’ai grandi dans une culture où les politiques sont des poètes, où l’art oratoire est un art poétique, se souvient Edwy Plenel, qui a vécu à la Martinique jusqu’à l’âge de 10 ans. La poésie de Césaire, qui semble hermétique, complexe, est très concrète. Le matin il recevait à la mairie, à midi il partait avec son chauffeur et faisait le tour de l’île. Sa poésie est en partie nourrie de ces promenades.» 13. Nos élites hexagonales issues de l’X ou de ENA, poursuit Plenel, regardent ça avec dédain, comme si ce n’était qu’un supplément d’âme, une distraction. Leur monde est dépourvu d’imaginaire.» Il est temps de changer de sérieux», dit d’une autre façon Jean-Pierre-Siméon dans son essai la Poésie changera le monde», qui invite à dresser dans l’espace public la barricade du poème». Hmmmm. Dans son blog, l’écrivain Pierre Jourde se moque de cette doxa indéfiniment répétée depuis deux siècles, avec ses synonymes interchangeables, rébellion, insurrection, insoumission, qui trouve son apogée grotesque dans "l’Éloge des voleurs de feu" de Dominique de Villepin, le fameux marginal».La suite après la publicité L'insurrection institutionnelle, par Pierre Jourde 14. Dans son essai cependant, Siméon parle d’autre chose. D’une langue appauvrie par ses usages médiatiques et technocratiques, et d’un imaginaire devenu territoire occupé et soumis». J’en ai été témoin tant de fois la plupart de ceux qui … entendent un poème à eux offerts à l’improviste, remercient. J’ai eu le sentiment parfois qu’ils y retrouvaient une dignité et comme une fierté pour eux-mêmes.» Denis Lavant J’ai fait cinq lectures en Russie, entre Ekaterinburg et Rostov, devant un public qui considérait que la poésie avait une grande importance. En Colombie aussi, la poésie est dans la vie.» 15. Revenons au catalogue du Cheyne, qu’il serait injuste de réduire à quelques épigones d’une poésie altière qui fait sa mystérieuse. Je m’accroche à la nuit, qu’est-ce que ça veut dire?» Ito Naga est perplexe. La métaphore, ça n’est pas son truc. Lui est astrophysicien, il a d’autres motifs d’étonnement. On ne pense pas [que la lune] peut trembler au moment où on la regarde. Il y a des tremblements de lune comme il y a des tremblements de terre.» Mais l’astrophysique, dit-il, ça n’est pas ça qui permet d’être au monde. Il a placé en en-tête de son livre NGC 224» une citation de Rilke Être ici est une splendeur.» Par exemple à cet instant précis "Ah ! Tu es comme ça, toi ?", s’est étonnée cette enfant quand je suis ressorti de l’eau après un plongeon dans la piscine.» Ses petits vertiges», Ito Naga haut gentleman à l’œil bleu perché les doit aussi à sa longue fréquentation du Japon. Pour faire des raviolis, on dit en japonais qu’il faut pétrir la pâte jusqu’à ce qu’elle ait la consistance des lobes d’oreille mimi tabu. La poésie serait-elle simplement le goût des choses?» Glissements, rebondissement, dérivations avec un art consommé du montage, l’auteur coud ses fragments – bouts philosophiques, boutures de sensations, pépites philologiques, demi-blagues… Ses quatre livres sont également suite après la publicité Le long cri d'Aimé Césaire n'a pas fini de résonner 16. La métaphore, Jean-Claude Dubois ne l’aime guère non plus. Il revient de loin, du lyrisme ébouriffé du surréalisme. Et puis il a rencontré Guillevic des textes très courts, des distiques souvent, de 8 à 10 syllabes, sans images, sans clinquant, sans scintillement.» Rencontre avec une forme, mais aussi avec un alter ego solitaire, qui, enfant, communiquait avec un bol, une bouteille, une table, n’avait pas même un animal, a perçu la vie dans les pierres.» Son livre Le Canal» raconte une transaction secrète» la plus belle définition de la poésie, elle est de Jaccottet» entre un enfant et un canal. J’avais dix ou douze ans. Mon compagnon de jeu était un canal à grand gabarit. … J’écoutais le canal rendre la justice./ Quand il avait fini,/je rentrais chez moi./Il retournait dans son verre d’eau.» Dans le canal il y a des aïeux, une femme d’octobre mais on ne sait plus de quel jour … qui pose son village sur la table de nuit et s’endort.» Et puis ce canal fait de vinaigre/et d’ennuis», couleur de noyade» Cioran en exergue, il faut le quitter, s’en dépêtrer comme à regret, peut-être pour grandir. Le Canal» est tissé d’un charme douceâtre et brumeux, d’épiphanies discrètes, de désolations retenues. On songe parfois à un Christian Bobin sans Dieu. C’est dire si la voix de Jean-Claude Dubois est suite après la publicité Les bons sentiments de Christian Bobin font-ils de la bonne littérature? 17. Robert et Joséphine », de Christiane Veschambre, est un autre livre fondé sur le montage, qui évoque par séquences l’histoire des parents de l’auteure Joséphine arrive à la Jeune France», trouve une famille», va chercher son mari à la sortie de l’usine», repasse», n’a plus d’argent»… Cinéma troué de l’expérience intérieure», de l’émotion méditée» Bataille. Mais la langue est à l’opposé de l’écriture behavioriste du commun des scénarios. Il s’agit, pour l’écrivain, de faire taire en soi la belle langue» … pour qu’après le silence puisse surgir la langue des soubassements» selon Gérard Noiret sur l’excellent site En attendant Nadeau. Une basse langue», des mots pauvres» titres de deux autres recueils de Veschambre Quand Joséphine/est apparue//sur terre/personne//ne s’en est aperçu.» Chercher une basse langue pour camper les gens de peu» le sociologue Pierre Sansot, c’est en somme le contraire du projet d’un Pierre Michon. Christiane Veschambre se place du côté des microgrammes» de Robert Walser, d’Erri de Luca, d’Emily Dickinson. Les mains de Joséphine/au-dessus du drap replié/qui protège la table/et borde la page/que l’enfant tourne». Un critique ne devrait pas dire ça tout le livre est très suite après la publicité Que s'est-il passé dans la poésie française depuis un demi-siècle ? 18. Pas de tendance fracassante, de trending poetic; pas de post-liturgistes, pas de supra-spleenétiques; la poésie est devenue bien ennuyeuse. Ah si, tout de même le recueil» est à la baisse, le livre» à la hausse. Ce n’est sans doute pas juste une coquetterie de dénomination. Jean-Claude Dubois par exemple, au cours d’une causerie sur Guillevic, insistait sur la nécessité de travailler un thème jusqu’au cœur». Ito Naga et Christiane Veschambre ne diraient pas autre chose. Ce qui se joue? L’effacement relatif du livre de poésie pensé comme un florilège de flèches, d’épiphanies – loin des moments nuls» de la vie que Breton jugeait indigne de cristalliser». JB Corteggianiauteur et réalisateur

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